J’intègre dans ma pratique les connaissances apportées par les neurosciences. Je tiens compte des principaux courants psychothérapiques mais aussi des informations scientifiques.
Je partage cette interview diffusée le 21 mars 2013 sur telequebec dans laquelle les auteurs apportent une réponse à la question : l’art thérapie est elle efficace ?

Josée Leclerc , Professeure agrégée et art-thérapeute, Université Concordia (Canada)
Pierre Plante, Psychologue et art-thérapeute (Canada)

[ L’art-thérapie, c’est une méthode thérapeutique qui utilise la création artistique comme un outil pour faciliter l’expression et la résolution des conflits psychologiques ou émotionnels qu’une personne présente….

Pas une interprétation des œuvres
« Ce n’est pas le thérapeute qui va interpréter la création, nuance Pierre Plante. Il s’agit plutôt d’amener le patient à lui-même prendre position et à raconter ce que l’œuvre lui fait. Les gens pensent que les art-thérapeutes peuvent lire une image comme une boule de cristal ou utiliser un système de codification pour interpréter une image. C’est faux. Et bien que l’on ait quelques pistes théoriques associées à cela — sur l’organisation spatiale d’une image ou d’une création par exemple —, le plus important demeure d’amener la personne à réinterpréter sa vie et à voir autrement. »
« Contrairement aux séances habituelles de thérapie où les gens racontent des choses qu’ils ont souvent nommées dans d’autres séances ou racontées à des gens de leur entourage, poursuit-il, l’art-thérapie propose d’amener les gens au niveau de quelque chose de plus brut, de plus spontané de moins censuré. »

La créativité
L’art-thérapie est également une occasion de prendre conscience de certaines résistances personnelles ou d’évaluer notre degré de créativité, comme le souligne Pierre Plante. « La résistance qu’une personne peut éprouver face à une feuille blanche, par exemple, peut être un indicateur de la manière dont cette personne a l’habitude d’aborder la nouveauté et l’inattendu. C’est une dimension très importante de l’art-thérapie de tenir compte du potentiel créateur de la personne, parce que la créativité est un élément essentiel d’une bonne santé. Plus une personne est créative, plus elle a une grande capacité de voir différemment des problèmes qui la confrontent dans la vie, et plus elle va être en mesure de générer plusieurs regards, plusieurs perspectives face au problème. »

L’art-thérapie sous la loupe des neurosciences
Avec les progrès de l’imagerie cérébrale, les scientifiques ont désormais la possibilité de mieux comprendre les effets réels de l’art-thérapie sur le cerveau : « Ce que la neuroscience est en train d’expliquer, explique Josée Leclerc, c’est que dans les cas de traumatismes sévères, l’art-thérapie va permettre une reconnexion entre le système limbique – le siège des émotions – et le néocortex, lien qui est souvent affecté dans le cas de traumas.

Voici comment : la création artistique, dans contexte art-thérapeutique, permet l’activation du système limbique; puis quand le patient est invité à parler de son image, à mettre en mots ce que l’image évoque pour lui, en présence de l’art-thérapeute, le néocortex, siège du langage et de la cognition, est activé. C’est donc ce qui favorise la reconnexion des systèmes, rompu dans le cas de traumas sévères.

Cette meilleure compréhension des effets de l’art-thérapie sur le cerveau permet de mieux comprendre l’efficacité de cette approche pour traiter des cas d’expériences traumatiques ou de stress aigu traumatique.

« Ce qu’on tend à démontrer, bien qu’il reste encore beaucoup de recherches à faire dans ce domaine-là, c’est que l’activité créatrice fait appel au système limbique, précise Josée Leclerc, ce qui permet de rétablir ou de refaire une connexion qui aurait été scindée – du moins temporairement.
C’est pourquoi l’art-thérapie peut permettre de susciter des prises de conscience très puissantes. »

Et même si elle n’a pas encore la même notoriété ici au Québec, l’art-thérapie trace toutefois son chemin vers une meilleure reconnaissance et commence à faire son entrée dans les hôpitaux. Elle est notamment utilisée avec des patients qui ont de la difficulté à s’exprimer pour différentes raisons, par exemple des victimes d’AVC, de traumatisme crânien, de traumatisme émotif, des enfants ou des personnes provenant d’une culture étrangère.]