J’intègre dans ma pratique les connaissances apportées par les neurosciences. Je tiens compte des principaux courants psychothérapiques mais aussi des informations scientifiques.
Je partage cet Extrait de la revue de neuropsychologie – Auteur Hervé Platel

[Inserm U923, EPHE, Université de Caen Basse-Normandie, UFR de psychologie <Herve.platel@unicaen.fr> est professeur de neuropsychologie à l’Université de Caen. Internationalement reconnu pour ses travaux sur la neuropsychologie de la perception musicale, il a montré les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique. Ses travaux permettent également de développer des méthodes musico-thérapeutiques de prise en charge chez les patients déments Alzheimer.]

[Soigner le corps et l’esprit par la pratique ou l’exposition aux productions artistiques, l’idée n’est pas nouvelle …L’art-thérapie correspond aujourd’hui majoritairement à des pratiques psychothérapeutiques d’orientations dynamiques ; mais si le corps du patient est bien convoqué dans ces pratiques (en particulier lors d’ateliers se fondant sur la réalisation artistique), le cerveau et son fonctionnement ne sont généralement pas considérés.
Curieusement, on assiste depuis quelques années à un intérêt croissant des pratiques d’art-thérapie auprès de patients cérébrolésés, et en particulier auprès de ceux atteints de maladie neurodégénérative en institution, où de plus en plus d’ateliers « peinture » ou « musique » sont proposés.

Que savons-nous des effets spécifiques des pratiques d’art-thérapie sur la diminution des troubles du comportement ? Comment expliquer, d’un point de vue neuropsychologique, que la perception de la musique, la pratique instrumentale ou le chant, ou encore la réalisation de peintures, par des patients Alzheimer produisent un éveil cognitif incontestable, une satisfaction et un plaisir palpables, et une augmentation de la qualité relationnelle ?

C’est dans le domaine de la cognition musicale que les travaux neuropsychologiques sont allés le plus loin dans la modélisation théorique et les applications. Les études cliniques et expérimentales, notamment en neuro-imagerie, confirment année après année les liens particuliers (perceptifs, mnésiques, émotionnels…) qu’entretient notre cerveau avec le domaine musical . Ainsi, sont maintenant proposées de nombreuses applications cliniques en neurologie : rééducation du langage (mélodie thérapie et rythmée), rééducation motrice chez des patients parkinsoniens, accompagnement dans la récupération d’accidents vasculaires cérébraux, modulation de la douleur aiguë ou chronique

Écouter simplement de la musique se révèle donc être un puissant neuromodulateur, car il s’agit d’un stimulus sensoriel structuralement et émotionnellement riche. Dans le domaine des maladies neurodégénératives, la musique est un intéressant média dans la régulation de l’humeur, mais semble surtout être un « stimulateur » cognitif qui nous a permis de révéler des capacités préservées d’apprentissage implicite jusqu’à un stade avancé de la pathologie. Elle permet également d’augmenter la qualité relationnelle et d’interaction sociale de ces patients, phénomène qui est aussi à l’œuvre dans certains ateliers peintures. Il nous semble que la force de ces applications tient au fait qu’elles peuvent être expliquées par des mécanismes neurophysiologiques et faire ainsi l’objet de validation scientifique. Il reste beaucoup à faire en ce domaine, et il nous paraît nécessaire que les intervenants de ces pratiques n’ignorent plus le cerveau, et que chaque unité spécialisée en EHPAD puisse mettre en place une collaboration avec des équipes de recherche en neuropsychologie afin que les ateliers deviennent de véritables « laboratoires de vie ».]